Après avoir longtemps recherché à redorer son image sur le domaine de la sécurité de ses applications et de ses systèmes d’exploitations, c’est un autre coté pour le moins brouillé de son image que Microsoft tente de rafraîchir en ce moment : l’interopérabilité et l’ouverture des formats de fichiers bureautiques.
    En effet, si les formats de fichiers de la suite bureautique de l’éditeur de Redmond ont longtemps représenté un standard d’échange «de fait » sur le marché, lui permettant par voie de conséquence une commercialisation aisée de Microsoft Office, générant nativement ce format, l’apparition du standard ouvert OpenDocument permettant interopérabilité et garantissant la pérennité des fichiers est sérieusement en train de changer la donne. De très nombreux acteurs d’importance et en premier lieu des gouvernements européens ont décidé ou sont en instance de choisir le format OpenDocument comme nouveau standard pour l’échange et le stockage de leurs documents. Il en découle alors des enjeux commerciaux considérables pour Microsoft qui jusqu à présent bénéficie d’une rente de situation fort confortable lui permettant de financer beaucoup d’autres secteurs de son activité où la rentabilité n’est pas au rendez-vous.

    Face à cette menace pour ses parts de marché, Microsoft s’est rendu compte sur le tard que la seule stratégie lui permettant de sauver les meubles était de travailler avec un format « ouvert » permettant à ses clients d’avoir la maîtrise du contenu des documents et de leur intégration au système d’information.
Microsoft devait donc montrer une volonté d’ouverture face à une pression de plus en plus importante de la part de ses clients. Pour montrer « patte blanche », il a premièrement pris une participation dans OASIS, le consortium d’acteurs à l’origine du format OpenDocument. Mais ce format ouvert n’arrange pas l’éditeur car il n’est pas le seul à le maîtriser et ne possède donc pas d’avantage concurrentiel suffisant pour s’imposer sur ce marché.
    Il décide donc d’imposer un autre standard sur le marché, concurrent à OpenDocument qu’il est sensé soutenir : l’OpenXML. Pour se faire, Microsoft doit faire reconnaître son format par des institutions apparaissant comme plus neutre que lui vis-à-vis du marché. Il est donc allé toquer à la porte de l’Ecma, une organisation de standardisation informatique européenne. Et la reconnaissance de son nouveau format avance à grand pas.
L’Ecma est en effet susceptible de publier dès lundi une première version des spécifications de l’OpenXML avant une possible validation qui pourrait intervenir dès le mois de décembre. Si la ratification intervient, OpenXML pourrait être normalisé par l’International Organisation for Standardization dans les six mois suivants.

    Microsoft est dans une course contre la montre puisque OpenDocument est déjà ratifié par la norme internationalement reconnue : ISO.
Au delà de cette course à la ratification, nous somme en droit de nous poser la question de la pertinence de ce nouveau format que Microsoft essai d’imposer à tous les acteurs du marché : qui d’autre que Microsoft utilisera le format OpenXML sachant que ce format n’a été dessiné que dans le but de répondre aux besoins spécifiques de la suite Office 2007.

    L’avenir nous dira rapidement si la force de frappe marketing de l’éditeur de américain pourra lui permettre encore une fois de régner sur un monopole de fait.